
Lors de mon court séjour à Avignon, j’avais bloqué sur cette affiche atypique pour la pièce Impudique de Arnaud Devolontat, avec Neus Efla Puell, Cédric Sénatore et Adrian Conquet. Nous devions aller voir la pièce qui se jouait à l’époque à minuit mais les aléas de la vie ont fait qu’on l’a loupée … Mais elle se joue pour 2 jours sur Paris et je n’allais pas rater ca !
L’amour n’est jamais évident à raconter, et à plus forte raison quand le couple originel de deux passe à trois. Le sujet est néanmoins théâtral par essence, puisqu’il implique un choix, fait agir l’universalité de l’Autre avec l’introspection personnelle, bouleverse l’ordre attendu et donne prise à de nombreux rebondissements possibles.
Portée par la musique et la poésie, la compagnie Théâtre d’art s’engage depuis 13 ans dans la description osée des émois sentimentaux. Osée, parce que vraie et juste. Malgré son titre, le spectacle ‘Impudique’ nous montre avec sensibilité et sans vulgarité le sacrifice d’une femme qui n’arrive plus à satisfaire son amant. Du sexe ? Entre autres. Car indéniablement, ils s’aiment, du début jusqu’à la fin, défauts et infidélités compris. Entre cet amour violent et la frustration latente, le paradoxe est grand, et fatal.
L’amour : une question de jouissance, mais pas seulement. Comme le rappelle l’auteur Arnaud Devolontat : “Nous devons notre existence au mystère le plus absolu : l’orgasme.” ‘Impudique’ nous raconte un orgasme violent, porté par la note stridente d’un violon qui expire son plaisir, mais visuellement : pas d’ostentation. Ici, le sexe est sublimé, poétisé par les musiques un peu kitsch parfois mais surtout par le jeu des acteurs : Neus Elfa Puell, tendre et douloureuse image du sacrifice, Adrian Conquet, tout autant convaincant dans le rôle du tiers amant, qui ne trouve sa place avec personne, et qui s’efface peu à peu de la vie même. Une douceur dont on leur sera reconnaissant au vu du sujet éthiquement et esthétiquement risqué.
“Ecouter sa sexualité est sûrement l’action la plus engagée, la plus courageuse et la plus périlleuse.” Porter ce genre de récit à la scène était tout autant une gageure. A l’heure où des metteurs en scène stigmatisent l’hypocrisie qui entoure le sexe et le nu au théâtre, la compagnie Théâtre d’art réussit le pari de concilier vérité et théâtralité.
C’est l’une des très bonnes surprises de ces derniers temps. J’ai tout simplement adoré Impudique (pas pour le cul, bande de cochonnes ;p).
Le décor est très sobre voir absent : ca se résume à une estrade, un rideau de mousseline blanche, à un coffrage représentant un magnétoscope et une bougie. Tout est focalisé sur la lumière, la mise en scène et le jeu des acteurs. Rien de superflu ! Ca donne une ambiance scénique presque onirique, baroque.
Ce qui marque dans cette pièce avant tout, ce sont les chansons. Un piano pour seule musique, des paroles touchantes, des voix justes et pures qui se marient à merveille. Le tout donne des chansons harmonieuses qui font mouche au point de me donner à deux reprises des frissons voir même une bouffée d’émotions, des souvenirs remontant à la surface.
Les comédiens sont très bons (et très beaux) : ils sont dans leur personnage de A à Z, n’ont pas d’hésitations et vont au bout de leurs gestes même si parfois ils sont crus. La pièce repose intégralement sur eux car aucun artifice ne peut tromper le spectateur. L’accent de Neus Efla Puell est parfois trop présent, étouffant certains mots mais cela fait parti du charme d’Impudique : 3 personnages différents mais complémentaires, un trait d’union entre les mondes.
L’affiche au final reprend une scène de la pièce : LA scène, la seule et l’unique, où ils sont nus. Le reste de la pièce se passe “normalement”, sans impudeurs ou presque :-p Tous les gestes sont justifiés et non le simple fruit d’un exhibitionnisme gratuit.
Moitié comédie musicale, moitié pièce de théatre : c’est un vrai bonheur. Ca ne plaira pas forcément à tout le monde mais à moi, ca m’a plu !! Ils sont encore pour une date sur Paris et j’espère bientôt pour bien d’autres dates.