Il fut un temps, fort lointain, où des allumeurs de réverbères passaient chaque soir tombant dans les rues des villes et encourageaient le citadin à dormir tranquille. Au petit matin, ils accomplissaient une seconde tournée pour éteindre les chandelles.
Depuis, l’électricité est devenue une fée et les rues sont éclairées comme en plein jour. C’est contre cette débauche de lumières et d’énergie que des groupes d’anonymes ont décidé d’agir nuitamment.
Leur technique est simple, une courte échelle suffit pour abaisser la manette du boîtier qui commande l’enseigne du magasin. Ce boîtier est toujours situé sur la façade des boutiques, pour des raisons de sécurité, à trois mètres du sol, et souvent il est écrit “néon” dessus. Ces actions, signalées dans presque toutes les villes de France, sont signées Clan du néon. Parfois ses membres clandestins se laissent filmer par la télé coiffés de perruques de style disco. Pour le moment aucun groupe n’a eu de souci avec la police. Mais que pourrait-elle bien leur reprocher ? Ils ne cassent rien et font faire des économies d’électricité aux commerçants.
Une seule enseigne échappe à leur croisade, celle des pharmacies. Les jeunes et joyeuses personnes qui participent à ces opérations espèrent “rallumer les esprits”, faire prendre conscience des menaces qui pèsent sur l’environnement.
Traité Fondateur
La nuit, dans les rues commerçantes parisiennes, nous nous retrouvons souvent face à des enseignes lumineuses restées allumées. Des néons de boutiques qui ont pourtant fermé leurs portes…
A quoi servent ces néons ? A rendre la ville plus belle ? A continuer à marquer la présence d’un commerce ? A imposer une marque, un logo, une “identité” ?
Les enseignes des boutiques allumées toute la nuit représentent tout d’abord une agression publicitaire supplémentaire. Mais même au-delà de ce sentiment de harcèlement pesant, quel commerçant peut sincèrement considérer que ces néons allumés dans des rues presque désertes sont efficaces pour augmenter ses ventes ?
De plus, ces néons consomment une quantité importante d’énergie. Alors qu’on gaspille, des gens dorment dans les renfoncements des boutiques. Sans parler de l’impact écologique de ces consommations d’énergie dans le contexte actuel de raréfaction des ressources et de réchauffement climatique.
Les néons engendrent donc une double pollution, celle pour produire l’électricité mais aussi celle, lumineuse, qui nous empêche de voir les étoiles…
On peut tous lutter contre cette dérive, en éteignant simplement ces néons. Il suffit de désactiver les boîtiers néons (voir vidéo de démonstration). C’est un geste simple et non violent, qui ne dégrade pas les biens. Nous avons commencé à agir et nous comptons sur vous pour que le mouvement se diffuse. Toutefois, dans certains cas, nous reconnaissons l’intérêt des enseignes lumineuses. Nous luttons avant tout contre leur utilisation abusive, au service de la publicité. Nous sélectionnons avec attention les néons que nous éteignons. nous n’agissons jamais sur un commerce ouvert, un café ouvert, une pharmacie ouverte… En revanche, en cas d’abus, nous n’hésitons pas. Le plus marquant étant le cas de certaines banques, dont les horaires sont restreints mais qui continuent d’afficher fièrement leur logo… de banque… la nuit. Des repères ? Oui mais trop de néons tuent le néon utile ! Trop de lumière éblouit ! Une enseigne indiquant un distributeur de billets, d’accord ; toute la banque allumée pour un distributeur de billets, non.
Nous espérons que nos actions continueront à vous ravir et qu’elles seront même suivies et imitées, pour que les commerçants prennent enfin conscience de cette absurdité, et prennent les mesures nécessaires. C’est ce qu’exprime notre logo, paradoxalement en lettres de néon, qui ne s’éteindra avec notre “clan” qu’une fois que les commerces éteindront leurs enseignes la nuit. L’éclairage de la voie publique ne doit pas être financé par des fonds privés, mais par des fonds publics. C’est pourquoi tant que les rues seront inondées de néons privés, tant qu’elles seront dénaturées par la publicité imposée, nous continueront d’exprimer notre désaccord et notre mécontentement en éteignant les néons. Alors Paris redeviendra une “ville lumière”, où l’éclairage public guide les pas des artistes, des peintres des écrivains, éclairant ses habitants, plutôt qu’une “ville néon” telle Las Vegas, temple de l’absurdité de l’argent considéré comme fin et non simplement comme moyen. Nous irions bien y faire un tour d’ailleurs… Du boulot en perspective !
Consommation
Les néons ont une puissance moyenne d’environ 50 W / mètre. La facture annuelle d’électricité liée au néon seul (sans compter l’éclairage intérieur des vitrines) représente donc quelques centaines d’euros. Multipliez par les milliers de commerces laissant ces enseignes allumées, on obtient des centaines de milliers d’euros gaspillés, sans parler de l’impact écologique