1. Le Jugement présente un ange imposant et majestueux dont on ne voit que la partie supérieure du corps (tête et bras). C’est un ange spirituel, puisqu’il incarne l’âme, les hautes sphères mentales par l’absence d’un corps entièrement manifesté. Il est immatériel. On retrouve le symbole de l’ange dans deux autres arcanes : l’Amourevx et Tempérance. Or, si l’on additionne ces deux lames, on obtient le Jugement :6 (Amourevx) + 14 (Tempérance) = 20 (Jugement).
Cependant, ces trois anges illustrent des principes différents :
L’ange de l’Amourevx symbolise Cupidon ou Éros, c’est-à-dire l’Amour, ou plus exactement les sentiments amoureux représentés sous les traits d’un chérubin. Il repose sur une valeur principalement affective et non pas spirituelle. Il apparaît entièrement nu, manifestant ainsi son domaine d’application : le corps sensuel.
Tempérance propose aussi une image de l’ange mais humanisé. C’est l’homme devenu ange, pourvu de ses attributs : les ailes. Mais la femme ailée de Tempérance est sur terre et non dans les cieux. Elle manifeste ainsi une virtualité plus qu’une réalité. La qualité que suppose Tempérance, une fois acquise, permet à l’être humain de dépasser sa condition. En un mot, elle lui « donne des ailes ». Elle est principe de liberté, plus encore de libération et non d’attachement, comme le figure le Diable, lui aussi pourvu d’ailes, mais qui sont de chauve-souris et non d’ange.
L’ange du Jugement, enfin, correspond à une représentation très traditionnelle. Il est auréolé, en signe de sagesse et de sainteté. Il représente le plan supérieur d’évolution : entre l’homme et Dieu. Ses ailes couleur chair le rattachent, néanmoins à l’être humain, puisqu’il est la perfection accessible.
Deux petites ailes, en forme de casque, partent de sa tête. On les a souvent comparées aux ailes d’Hermès (Mercure). Il incarnerait ainsi le messager des dieux. Celui qui relie la terre et le ciel. Il serait chargé alors d’intercèder entre l’homme et les dieux, symbolisant aussi bien la voix divine s’exprimant sur terre que l’écoute divine.
Ses bras sont rouges en signe d’activité. Il possède véritablement une réalité, c’est-à-dire qu’il est à même d’agir physiquement et matériellement. Il ne s’adresse pas aux seules consciences, il est doté d’un pouvoir sur les choses et les êtres. Par rapport à la notion de croyance, ou plus exactement de foi, cette activité potentielle, manifestée par les bras rouges, sera très révélatrice de la signification initiatique de la carte et viendra étayer la recherche de sens.
Il semble porté par un nuage bleu, ce qui lui confère une nature céleste et aérienne. Des rayons jaunes et rouges partent du nuage, témoignant d’une irradiation d’énergie. Le rayon illumine en même temps qu’il réchauffe ; il procure clarté intellectuelle et réconfort moral. Les couleurs jaunes et rouges sont particulièrement dynamiques et accroissent l’intensité de ce rayonnement. On compte dix-sept rayons, tracés nettement, plus trois (dans l’angle gauche) juste esquissés et cachés en partie par les ailes de l’ange. Dix-sept évoque l’Étoile, dans sa valeur d’aide providentielle et d’osmose cosmique. Si on tient compte des trois autres rayons, on obtient 17 + 3 = 20, rappel de la valeur numérique de l’arcane
2. L’ange tient une trompette, qu’il ne porte pourtant pas à sa bouche. La trompette symbolise la voix divine. Elle appelle les hommes à la spiritualité. De ce fait, le Jugement revêt particulièrement un caractère religieux ; car il en propose plusieurs allégories : l’ange, la trompette, la croix, la prière, le nom, etc.
Cependant, l’ange ne sonne pas dans sa trompette : il est silencieux. Il accueille plus qu’il n’appelle. Ceux qui croient en la réalité divine n’ont pas besoin d’être appelés. Ils viennent d’eux-mêmes. La voix divine, symboliquement exprimée dans la trompette, est inutile pour ceux qui ne sont pas disposés à l’entendre. Plus que l’appel, c’est la disposition intérieure qui importe. À quoi sert de jouer de la trompette, si celui qui écoute a les oreilles fermées, il n’entendra rien. De même, à quoi sert de pousser à la croyance en Dieu, ceux dont le coeur est fermé à toute dimension spirituelle. C’est pourquoi, l’ange ne joue pas de la trompette. L’essentiel, c’est qu’il soit présent et non qu’il se manifeste physiquement ou bruyamment. Ceux qui croient le verront et les autres l’ignoreront.
Le fanion est constitué des deux couleurs divines : le jaune et le blanc. Il est l’emblème parfait de la spiritualité. Le blanc symbolise ici la pureté, et le jaune l’illumination. Ces deux couleurs associées marquent l’état final de réalisation. La croix est un symbole majeur, sans doute à cause de sa facilité d’exécution (c’est le signe que l’on fait tracer en guise de signature aux illettrés) et surtout à cause de sa valeur graphique exprimant l’axe horizontal (la Terre) coupant l’axe vertical (le Ciel).
3. L’animation du ciel est extrêmement importante pour signifier que le Jugement place l’individu, du moins virtuellement, sur un autre plan. Premièrement, il situe une prise de conscience du Cosmos dans son intégralité, une vision élargie des choses, un rapport différent et moins limité à la réalité. C’est en quelque sorte l’éveil de l’être au royaume des cieux. À partir de la Maison-Dieu, les lames nous montrent l’individu confronté ou associé aux lois cosmiques. Cependant, les lames XVI, XVII, XVIII et XVIIII marquent des influences, positives ou négatives, dont les effets sont physiques, concrets, dans une certaine mesure vérifiable. Aussi, elles expriment tout ce qui intervient dans le cours de l’existence humaine, qui ne soit pas directement et intimement lié, tout du moins en apparence, à son action. L’échec de la Maison-Dieu peut paraître injustifié, peut être mis sur le compte de la malchance. De même, à un autre niveau, l’aide providentielle de l’Étoile, peut sembler sans raison, illégitime ou encore injuste. Dans tous les cas, certains événements invitent l’individu à s’interroger sur leur origine. Tout n’est pas, a priori, rationnellement explicable. C’est pourquoi, on peut qualifier le groupe des cinq cartes célestes (la Maison-Dieu, l’Étoile, la Lune, le Soleil et le Jugement) d’irrationnelles ; c’est-à-dire comme ne répondant pas à la logique humaine.
Toutefois, le Jugement constitue, dans ce groupe, un arcane à part. Car il n’a pas de réalité collective ou universelle. Il peut même ne pas exister pour certains et, ainsi, il ne correspond pas véritablement à une étape commune à toutes les existences. Cette définition est valable également pour la lame qui lui succède : le Monde. En fait, les deux arcanes isolés numériquement (appartenant à la vingtaine) échappent à la règle, car ils constituent des expériences extraordinaires.
4. Le plan terrestre présente le symbole du ternaire, à la fois numériquement (présence de trois personnages) et géométriquement (placés en forme de triangle). Il revêt alors une signification unificatrice. À la différence de l’Amoureux où le trois figurait sous forme linéaire avec nécessité de « supprimer » un des éléments pour le ramener au deux, correspondant géométriquement à la ligne, les trois personnages du Jugement n’impliquent pas cette notion de choix. Au contraire, il forme un principe unitaire, chacun constituant un élément indispensable du triangle.
On distingue aisément une femme à gauche de la lame et un vieil homme à droite. Quant au personnage de dos, on peut supposer, étant donné sa tonsure et sa corpulence, que c’est un jeune homme. Se trouvent donc réunies les trois générations, dans la mise en relation du fils, de la mère et du grand-père. Cette triade renvoie à toutes les trinités sacrées :
Chrétienne : le Père, le Fils, le Saint-Esprit
Hindoue : Vishnou, Brahma, Shiva
Égyptienne : Osiris, Isis, Thot
Grecque : Zeus, Poséïdon, Hadès
Romaine : Jupiter, Neptune, Pluton
Or, le Monde se construit à partir de La Trinité, c’est-à-dire à partir de la manifestation multiple de l’Un.
Le Jugement nous place dans l’harmonie des générations, dans une conception liée, et non plus divisée, de l’espace et du temps.
5. La nudité évoque le dépouillement total et confère une nouvelle dimension aux corps. Car la femme de l’Étoile apparaît aussi totalement dévêtue, ce qui est interprété comme un abandon de l’image sociale ou de l’apparence extérieure. Mais ici, la scène met plusieurs personnages nus en présence, de plus de sexe différent. La relation qui s’établit entre eux, bien qu’unitive et affective, n’est pas pour autant d’ordre physique ou sexuel. Ils ne se touchent pas. Leur nudité exprime la liberté d’être dans sa véritable nature, sans devenir l’objet passif de ses désirs. Il y a un dépassement de la sexualité, des pulsions sensuelles.
Devant cet ange, annonciateur du jugement, qui sépare sans appel le bon grain de l’ivraie, les hommes se présentent nus, au sortir du tombeau qu’était leur corps, ayant dépouillé tous les attributs du monde, pour ne plus garder que les cheveux bleus, couleur de l’âme, gui étaient déjà ceux du Pendu, de la Tempérance, et de l’Étoile, trois lames à valeur initiatique particulièrement marquée, qui symbolisent mort et renaissances
Leurs cheveux bleus montrent leur réceptivité psychique. Ils n’agissent pas réellement mais reçoivent. Ils sont placés dans la communication passive et silencieuse.
6. Le rectangle vert est, dans la plupart des interprétations, apparenté à un tombeau, car on voit dans le Jugement l’arcane de la résurrection. Le jeune homme se relève : il revient à la vie, il renaît. Cette interprétation semble être la plus pertinente. On voit distinctement que la femme et le vieil homme sont tous deux hors du rectangle vert, alors que le jeune homme paraît être placé à l’intérieur. Ce qui signifie qu’il est placé sur un autre plan.
La couleur verte se rattache à la nature, à la Terre. Le tombeau vert représente en ce sens l’éveil de la nature, la résurrection permanente de la Terre. La Terre ne meurt jamais définitivement. Elle est en perpétuelle transformation et recommence immuablement à créer la vie. Il suffit de regarder autour de soi la vitalité de la nature, la puissance avec laquelle elle se développe, la ténacité qu’elle met à soigner ses plaies, souvent infligées par l’homme.
7. Leur attitude corporelle permet d’accéder totalement à la compréhension de la lame. Leurs mains sont jointes, ils prient. En approfondissant l’étude et en tenant compte des autres symboles, on peut, après avoir analysé la nature de leur acte, se pencher sur la raison, sur le pourquoi. Or, si l’on considère que l’homme vu de dos est ressuscité, on en déduit implicitement que leur prière n’est pas suggérée par leur volonté d’obtenir quelque chose mais constitue plutôt l’expression d’un remerciement. Ils ne prient pas pour demander mais ils prient en action de grâce. Leurs souhaits ont été exaucés ; leur attitude témoigne la gratitude qu’ils ressentent pour l’Univers, la Nature ou, si l’on veut, pour Dieu.
I. Le Bateleur
II. La Papesse
III. L’Impératrice
IV. L’Empereur
V. Le Pape
VI. L’Amoureux
VII. Le Chariot
VIII. La Justice
IX. L’Hermite
X. La Roue de la Fortune
XI. La Force
XII. Le Pendu
XIII. L’Arcane Sans Nom
XIV. La Tempérance
XV. Le Diable
XVI. La Maison Dieu
XVII. L’Etoile
XVIII. La Lune
XIX. Le Soleil
XX. Le Jugement
XXI. Le Monde
Sans numéro. Le Mat
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