Voici un livre qui m’a très agréablement surpris : la Horde du Contrevent, écrit par Alain Damasio. C’est un auteur francais et la dernière fois que j’ai pris autant de plaisir à lire qqchose de francais, c’était Lea Silhol avec La Glace et la Nuit.
Imaginez une Terre poncée, avec en son centre une bande de cinq mille kilomètres de large et sur ses franges un miroir de glace à peine rayable, inhabité. Imaginez qu’un vent féroce en rince la surface. Que les villages qui s’y sont accrochés, avec leurs maisons en goutte d’eau, les chars à voile qui la strient, les airpailleurs debout en plein flot, tous résistent. Imaginez qu’en Extrême-Aval ait été formé un bloc d’élite d’une vingtaine d’enfants aptes à remonter au cran, rafale en gueule, leur vie durant, le vent jusqu’à sa source, à ce jour jamais atteinte : l’Extrême-Amont.
Mon nom est Sov Strochnis, scribe. Mon nom est Caracole le troubadour et Oroshi Melicerte, aéromaître. Je m’appelle aussi Golgoth, traceur de la Horde, Arval l’éclaireur et parfois même Larco lorsque je braconne l’azur à la cage volante. Ensemble, nous formons la Horde du Contrevent. Il en a existé trente-trois en huit siècles, toutes infructueuses. Je vous parle au nom de la trente-quatrième : sans doute l’ultime.
Un groupe d’élite, formé dès l’enfance à faire face, part des confins d’une terre féroce, saignée de rafales, pour aller chercher l’origine du vent. Ils sont vingt-trois, un bloc, un nœud de courage : la Horde. Ils sont pilier, ailier, traceur, aéromaître et géomaître, feuleuse et sourcière, troubadour et scribe. Ils traversent leur monde debout, à pied, en quête d’un Extrême-Amont qui fuit devant eux comme un horizon fou.
C’est une expérience de lecture unique. Chaque mot résonne, claque, fuse. Damasio joue de sa plume comme d’un pinceau, d’une caméra ou d’une arme. Il maîtrise la langue francaise et ses subtilités à la perfection. Voyez par exemple : 4 pages de texte avec uniquement des répliques en palyndrome (texte qui peut se lire de gauche à droite ou de droite à gauche), 4 pages de texte de lipogramme (une lettre qui ne doit jamais apparaitre), 4 pages de texte où le son “car” doit apparaître aussi souvent que possible … ou un texte qui change complètement de signification après suppression de certains mots et encore une fois en supprimant de ce texte tronqué de nouveaux mots.
C’est très difficile de rentrer dans l’histoire à cause des 23 personnages. On s’y perd, on s’y noie mais petit à petit, on assimile les personnalités de chacun et on s’y attache. On les découvre peu à peu, les faux-semblants et les a-priori laissant se dévoiler peu à peu la véritable nature de chacun des membres de la Horde.
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